Les nouvelles générations de fond de teint se muent peu à peu en seconde peau cosmétique, popularisant ainsi ce produit qui est longtemps resté un simple «cache-peau»...
Il y a vingt ans, appliquer un fond de teint revenait à porter un masque. Les imperfections disparaissaient au détriment du confort et... du raccord. Les textures étant épaisses, opaques et le choix de teintes limité, le résultat se soldait souvent par des «placards». À défaut d'être utilisé par une maquilleuse pro ou des femmes vraiment douées, ce produit, qui était destiné à unifier le teint, a engendré des générations de consommatrices réfractaires. Son pouvoir couvrant restait l'apanage de celles qui voulaient faire disparaître coûte que coûte, rides, taches et autres imperfections de la peau.
Depuis, l'entrée dans le nouveau millénaire a été marquée par l'arrivée de la lumière dans ces tubes. Une révolution! «La découverte de particules optiques et de pigments «Soft Focus», capables de s'adapter à la lumière, a permis d'ouvrir de nouvelles voies et de prendre en compte la réalité de la peau pour la sublimer et non plus la cacher, explique Sylvie Guichard, responsable de la communication du maquillage pour la Recherche L'Oréal. D'autre part, dans le cadre d'une enquête mondiale, nous avons aussi pu identifier tous les types de carnations et établir de nouvelles palettes de nuances, plus proches des couleurs de peaux naturelles.»
Cette quête de la transparence a amené parallèlement les laboratoires à développer de nouvelles matières premières (polymères élastiques, Lycra, pigments siliconés, huiles surfines...). Avec pour credo: tisser des films «seconde peau» (mats, satinés, veloutés...), suffisamment fins et élastiques pour «s'étirer» à l'infini sur l'épiderme, et par conséquent disperser la couleur de façon homogène, sans risquer les démarcations.
Le fond étant bouleversé, la forme s'est également diversifiée, pour devenir efficace et ludique. Les fausses notes sont désormais quasi impossibles: en deux temps, trois mouvements, la peau irradie et les défauts se voilent comme par magie. Grâce à des textures modulables à volonté, le geste devient expert. Sous les doigts, les mousses fouettées sont aériennes (Teint Mousse Fini Poudré Ideal Matte Estée Lauder, Fond de Teint Matte Soufflé Biotherm), les crèmes compactes liftent avec des actifs tenseurs (Phyto-Teint Perfect Sisley) ou régulent les brillances avec des microsphères fraîches et matifiantes (Teint Compact Innocence Chanel), les fluides et les sticks délivrent des poudres translucides (Voile Lissant Fini Poudré Diorskin Icône de Dior), voire «liquides» (la Liquid Powder Cargo et les poudres «crémeuses» minérales gorgées de mica Bare Escentuals, font un tabac dans les magasins Sephora).
On peut même imiter les pros qui prélèvent le fond de teint sur le dos de la main et l'estompent avec un pinceau à poudre sur l'ensemble du visage. Là, le naturel frise le surnaturel! C'est de cette idée d'application que sont nés cette année, de nouveaux pinceaux «hybrides» (entre anticerne et fond de teint) qui délivrent la juste dose de produit. En prime, ils offrent des bénéfices soins: le Pinceau Perfecteur de Teint Light Expert By Terry contient des microsphères d'acide hyaluronique pour combler les rides; le Fond de Teint Perfect Touch YSL regorge d'actifs rajeunissants.
Enfin, qu'on se le dise: un fond de teint même le plus évolué ne remplacera jamais une crème de jour. En revanche, il peut délivrer une batterie d'actifs antirides et d'agents repulpants. Les nouvelles formules antiâge (de plus en plus nombreuses) viennent à la rescousse des exigences des peaux matures. Pigments enrobés d'acides aminés pour estomper les taches brunes (Fond de Teint Nourrissant Revitalisant Absolue Lancôme), polymères comblants (Fond de Teint Prodigy, Helena Rubinstein), antioxydants et huiles nourrissantes (Fluide Unifiant Repulpant Teint Délectation By Terry), collagène et silicones de comblement (Fond de Teint Repulpant Age Re-Perfect L'Oréal Paris). Autant de bonus non négligeables quand la peau a besoin de renforts...
Et après? Est-il possible d'aller encore plus loin et d'imaginer des formules à intelligence artificielle? Selon les chercheurs, d'ici à dix ans, on verra des nacres «biomimétiques» qui pourront foncer ou éclaircir le teint selon la luminosité ambiante (et pourquoi pas délivrer des filtres en cas d'exposition au soleil), ou encore des pigments «caméléon» qui changeraient de couleur selon la température de la peau pour corriger les rougissements, par exemple. Si nous sommes prêts à masquer nos imperfections, l'avenir nous dira si nous irons jusqu'à dissimuler nos émotions...
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