Les Français sont de plus en plus nombreux à faire appel aux services d'esthéticiennes, coiffeuses et autres masseurs sans bouger de chez eux. Explications sur cette lame de fond.
C'est un rituel immuable. Chaque lundi soir, Audrey sonne à la porte d'un jeune couple parisien. D'une main, elle débranche la guirlande colorée qui illumine leur bibliothèque et branche sa tondeuse. De l'autre, elle dépose ses ciseaux et son sèche-cheveux sur la table du salon et fait une pause en avalant une rasade de Coca light. Dans la salle de bains, Hélène, qui vient à peine de rentrer du bureau, se dépêche de se laver les cheveux. Dans la cuisine, son mari, avocat, fait dîner leur petite fille en attendant de se faire couper lui aussi les cheveux.
Trente minutes plus tard, la coiffeuse repart, 70 € en poche. «Nous avons choisi ce système il y a deux ans lorsque notre salon de quartier où travaillait Audrey a fermé, explique Hélène V., 36 ans, cadre. Nous travaillons beaucoup tous les deux. Nous faire coiffer à la maison ne nous coûte pas plus cher et nous permet de gagner un temps précieux. Les salons prennent souvent leur dernier client à 18h30. Et puis c'est très convivial. Tandis qu'Audrey coupe les cheveux de Marc, je regarde les devoirs et lis une histoire à notre fille.» Encore quelques tresses africaines pour que la petite ait les cheveux frisés le lendemain à l'école et Audrey repart. «Le mardi, je vais chez une chirurgienne qui s'offre un brushing hebdo, confie-t-elle. Grâce au bouche-à-oreille, j'ai de plus en plus de clients réguliers.»
Comme Hélène et Marc, des centaines de milliers de Français se sont récemment découvert une vraie passion pour les soins à domicile. Massage aux huiles essentielles, maquillage, soins du visage, shiatsu, pose de vernis, pédicure, brushing, jamais la gamme des services possibles n'a été aussi vaste. «Je suis un vrai institut de beauté itinérant, plaisante Aurore qui travaille depuis Cassis, près de Marseille. Table à massage, mallette de produits cosmétiques, appareil à cire, appareil à vapeur pour les soins du visage... tout rentre dans ma Clio.»
Selon l'Insee et les registres des chambres de métier, plus de 7 000 esthéticiennes, coiffeuses et masseurs se sont récemment mis à leur compte pour adopter cette manière de travailler. Un chiffre auquel il faut ajouter les 3 700 salariés du groupe alsacien Viadom, leader européen de la beauté à domicile.
Officiellement, 5% des Français sont aujourd'hui adeptes de la coupe-épilation à domicile. Mais c'est oublier les championnes du travail au noir qui travaillent le jour en institut et font des extras le soir chez certaines clientes.
Sachant que seulement un Français sur deux se fait couper les cheveux dans un salon, ce marché parallèle compterait 20 millions de clients. «Il y a quinze ans, la beauté à domicile était réservée aux stars qui voulaient se faire bichonner en toute discrétion et aux personnes âgées ou handicapées qui avaient du mal à se déplacer. Aujourd'hui, c'est une vraie lame de fond, se réjouit Christian Lehr, président de Viadom. Les Français se font chouchouter à la maison non plus par obligation, mais par choix. Cette année, nos clients, qui sont pour beaucoup des couples actifs urbains avec enfants, ont dépensé 40 millions d'euros chez nous, soit deux fois plus qu'il y a cinq ans.»
En attendant 2010, où dix millions de nouveaux septuagénaires auront sûrement envie de rester impeccables, il suffit de taper «esthéticienne à domicile» sur Internet pour se rendre compte de l'étendue du phénomène. Si le développement le plus fort concerne des régions truffées de petites villes, avec un habitat dispersé comme le Poitou-Charentes, les Pays de la Loire et la Bretagne, des régions reculées comme l'Ariège et la Lozère comptent plus de dix esthéticiennes itinérantes!
Dans le Sud, autour d'Aix, d'Avignon et de Saint-Rémy, les téléphones portables des esthéticiennes spécialistes de la beauté des pieds et de l'épilation du maillot s'échangent sous le manteau. Et pour cause: elles sont surbookées le week-end à cause des Parisiens qui descendent en masse dans leurs villas. «C'est le phénomène TGV-RTT, plaisante Florence Bosc qui s'est mise à son compte, il y a dix-huit mois, pour travailler entre Aix et Marseille. Les clients veulent se faire pomponner partout où ils vont, y compris sur leur lieu de vacances. Et cela touche toutes les catégories de clientèle. Cet été, j'ai aussi bien fait des soirées massage sous les étoiles au bord de la piscine dans des villas (un concept top tendance dans l'axe Aix-Cassis) que des épilations et des soins du visage dans des campings près d'Arles et des maisons de location.»
Si ce phénomène se développe autant, c'est aussi parce que les hommes se font de plus en plus épiler le dos et le torse. «Ils ont peur de pousser la porte d'un institut mais chez eux, ils se laissent faire», note Florence Bosc. Cependant comme toutes ses collègues, elle se méfie de la clientèle masculine et n'accepte que les hommes qu'elles connaissent déjà ou qui leur sont recommandés.
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